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La plus grande menace qui pèse sur Radio-Canada est une menace idéologique
GCM  •   30 juin 2016

 

Stephen Harper a beau ne plus être premier ministre du Canada, son influence sur la Société Radio-Canada perdure.

Bien que le nouveau gouvernement libéral projette d’injecter 675 millions de dollars sur cinq ans  « pour moderniser et revitaliser Radio-Canada/CBC à l’ère du virage numérique », les théoriciens de la communication qui se sont réunis à Calgary à l’occasion du Congrès des sciences humaines de cette année ont lancé un avertissement : le discours anti-CBC/Radio-Canada de M. Harper n’a pas été remplacé par un nouveau discours empreint de respect à l’égard de la valeur des services fournis par le  radiodiffuseur public.

Et il ressort clairement des recherches sur les médias publics présentées lors du Colloque annuel de l’Association canadienne de communication que la plus grande menace qui pèse sur la radiodiffusion publique au Canada ne réside pas tant dans la controverse provoquée par les scandales, les faibles cotes d’écoute, les compressions budgétaires ni même l’hostilité du gouvernement – que dans l’omniprésence de la pensée néolibérale, qui empoisonne le débat sur l’ensemble des médias au Canada.

La doctrine néolibérale ne voit pas les médias de service public – et Radio-Canada/CBC au premier chef – comme un service public essentiel au même titre que nos écoles, nos bibliothèques et nos hôpitaux.

La décision récente de Bell Media de supprimer sans crier gare l’émission matinale Canada AM, par exemple, illustre bien certains problèmes auxquels sont confrontés les médias et montre que les entreprises médiatiques « ne se soucient plus de servir l’intérêt général ».

La solution du néolibéralisme à tous les problèmes, écrit Wendy Brown dans son livre Undoing the Demos: Neoliberalism’s Stealth Revolution, « est toujours plus de marchés, des marchés plus larges, des marchés plus près de la perfection ».

Autrement dit, la pensée néolibérale ramène tout à l’économique et aux notions de risque et de rendement.

Et en ce qui concerne Radio-Canada/CBC, le réductionnisme économique évacue la valeur du service public de communications fourni par le radiodiffuseur. À l’heure actuelle, les politiciens et les dirigeants de la société d’État parlent surtout de cotes d’écoute, de coûts, d’efficience et de transparence – tous termes caractéristiques de la vision néolibérale du monde.

Le service d’intérêt général fourni par Radio-Canada – sa contribution à la démocratie et à la citoyenneté – est largement absent du débat public.

Et nous devons à M. Harper d’avoir réorienté le discours sur la radiodiffusion publique durant son mandat de premier ministre.

Une des communications faites lors du Colloque de l’Association canadienne de communication de cette année a présenté le radiodiffuseur public du Canada comme étant en « en situation de précarité et à un moment décisif ».

Miles Weafer, auteur de la communication et candidat au doctorat en Communication et Culture à l’Université York, a décrit comment, durant le mandat de premier ministre de M. Harper, Radio-Canada avait été soumis à un examen minutieux et redoublé.

Il a analysé un certain nombre de documents de toute première importance – au nombre desquels la dernière stratégie quinquennale de Radio-Canada/CBC et un rapport de 2015 qui était extrêmement critique à l’égard de la société d’État émanant du Sénat – afin de montrer le type de représentation que le radiodiffuseur public se fait de lui-même et la nature du discours public à son sujet.

 

À titre d’exemple, en s’appuyant sur les recherches de Christine Crowther, candidate en doctorat  en études de l’hitoire de l’art et communication à l’niversité McGill dans son article de 2010 portant sur la première assemblée publique de  Radio-Canada et l’engagement du  public, M. Weafer constate que le discours affairiste s’est insinué dans le débat sur Radio-Canada. Au lieu de parler de rendre des comptes aux citoyens, il est arrivé au radiodiffuseur public d’avancer qu’il avait des comptes à rendre à ses « actionnaires ».

Selon ces recherches, ce langage affairiste est « en porte-à-faux » avec l’histoire de Radio-Canada et qu’il est « incompatible avec l’établissement de liens plus étroits avec le public ».

Ceux qui travaillent à Radio-Canada/CBC savent pertinemment à quel point le gouvernement Harper a été marqué par les compressions appliquées à Radio-Canada/CBC, les exigences déraisonnables d’imputabilité qui lui ont été faites et même le dénigrement à son égard.

Le Parti conservateur est allé jusqu’à récolter des fonds. Prétextant un supposé parti pris libéral  de CBC, il a organisé une collecte de fonds et demandé de l’argent à ses sympathisants pour contrer la couverture politique soi-disant partisane du diffuseur public.

En 2011, les députés conservateurs ont même demandé à leurs électeurs de signer une pétition demandant la vente ou la privatisation de Radio-Canada.

Les conservateurs, tout comme les libéraux avant eux, ont poursuivi la politique de compressions brutales appliquée à la société d’État depuis plusieurs décennies.

En 2004, alors qu’il était le chef de l’opposition officielle, M. Harper avait déclaré que les subventions gouvernementales à Radio-Canada/CBC devaient être attribuées uniquement  « à ce qui n’a pas d’alternative commerciale ».

Ni M. Harper ni ses proches n’ont jamais considéré le diffuseur public du Canada – ou les médias, de façon générale – comme un service public analogue à un musée ou à une université.

À leur sens, les médias ne sont pas un canal de transmission précieux, qui incite les citoyens à réfléchir à la politique gouvernementale.

Et les points de vue des conservateurs ont envahi la direction de la SRC, qui a procédé au démantèlement d’une institution nationale essentielle « qu’elle aurait dû protéger » – et qui l’a justifié.

On peut dire que le discours néolibéral a imprégné la façon dont les politiciens – et le public lui-même – s’expriment au sujet du diffuseur public. Les valeurs néolibérales déterminent entièrement la façon dont Radio-Canada/CBC est perçue, tant à l’interne qu’à l’externe.

La radiodiffusion est en grande partie perçue comme un prolongement du marché. L’efficience, les cotes d’écoute et l’imputabilité définissent, en la limitant, la façon dont nous nous exprimons à propos des médias.

À l’heure actuelle, les valeurs de citoyenneté et de démocratie, de soutien aux arts et à la culture, sont largement marginalisées – et rares sont ceux qui défendent ces valeurs haut et fort.

D’aucuns objecteront que la décision de Radio-Canada/CBC de mettre l’accent sur les cotes d’écoute et l’efficience, et d’effectuer des compressions de personnel sont des décisions stratégiques et non des décisions politiques.

Cependant, le mode de pensée qui consiste à abdiquer tout contrôle au profit de l’omniscience des marchés ignore le rôle déterminant joué par les médias de façon générale et par la radiodiffusion publique en particulier sur le plan social, dans l’intérêt du public.

Certains observateurs de longue date des médias ont prédit que d’ici moins de neuf ans, il risquait de ne rester que peu de journaux imprimés au Canada (s’il en reste) et que les chaînes de télévision locales auront disparu.

Ce n’est pas le moment de baisser la garde : il faut se porter à la défense des médias et du service qu’ils fournissent au public.

Nous pouvons, bien sûr, nous réjouir de la nouvelle injection de fonds dans la radiodiffusion publique qui a été décidée par le gouvernement libéral – mais ce n’est pas suffisant. Il ne s’agit que d’une petite avancée. La gouvernance de la société d’État a besoin de changement, le secteur des médias a besoin d’être moins concentré, et il faut un financement adéquat pour les informations locales de même que pour les arts et la culture.

Mais nous devons avant tout contribuer à faire changer la façon dont on parle de Radio-Canada/CBC – et de l’ensemble des médias, d’ailleurs.

Nous devons proclamer avec force et fierté la valeur du service – un service d’intérêt public – que Radio-Canada fournit aux Canadiens.

Texte soumis par un membre de la Guilde inquiet

 

 

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