GCM
Contactez-nous
Sans frais: 1-800-465-4149
Courriel: info@cmg.ca
Réalisez des économies
Archives
Bâtir la confiance pour jeter des ponts entre les Autochtones et le mouvement syndical
GCM  •   1 décembre 2007

Il y en a toujours un sur mon bureau. Ce petit drapeau bleu avec à son centre le symbole blanc de l’infinité. Il s’agit de l’emblème qui représente le peuple métis depuis presque 200 ans, le symbole le plus reconnu de ma communauté. C’est du moins ce que je croyais.

Lorsque je suis arrivé en septembre au bureau national de la Guilde canadienne des médias à Toronto pour effectuer un stage en matière d’équité à l’emploi, j’ai évidemment apporté mon drapeau métis. Lors de mes premiers jours au bureau, le personnel de la Guilde et plusieurs membres du syndicat sont venus me souhaiter la bienvenue. Mais personne ne reconnaissait mon drapeau. Personne ne connaissait son histoire ou l’importance qu’il avait pour la nation métisse.

En tant que journaliste métis, je suis dans la situation inusitée de n’avoir jamais travaillé dans une salle de nouvelles conventionnelle. J’ai évolué dans les médias autochtones pendant presque toute ma carrière de 10 ans, principalement à titre de vidéaste au Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN). Donc, travailler dans un milieu où personne ne reconnaît le drapeau métis est un phénomène qui m’était étranger. Même si j’étais surpris que personne ne reconnaisse mon drapeau, ce n’est pas la première fois que je constate une lacune au sujet « des questions autochtones » de la part de mon syndicat.

Cette situation n’est pas propre à la GCM. Il y a depuis les 25 dernières années des tensions entre les communautés autochtones et les syndicats. Ces tensions ont refait récemment surface dans des casinos appartenant aux Premières nations.

C’est la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan (FNIS) qui a joué le rôle de casseur de syndicat la première. Une bataille qui a duré quatre ans entre la FNIS et les Travailleurs canadiens de l’auto (TCA) s’est terminée par la désaccréditation du syndicat au casino Northern Lights de Prince Albert. La FNIS a réussi à mobiliser les travailleurs autochtones contre le syndicat en dépeignant les syndicalistes comme des « étrangers » et la négociation collective comme un principe qui n’est pas autochtone.

En Ontario, les TCA ont syndiqué plus de 1 000 travailleurs d’un autre casino autochtone. Six mois plus tard, les Mississauga de la Première nation de Scugog Island ont tenté de rédiger leur propre code du travail qui interdisait le droit de grève au casino Great Blue Heron. Le chef des Mississauga et son conseil soutiennent que leur droit constitutionnel à l’autodétermination gouvernementale permet l’existence du nouveau code du travail.

À la suite d’une plainte des TCA, la Commission des relations de travail de l’Ontario (CRTO) a aboli cet automne le nouveau code. Dans sa décision, la CRTO affirme que ce code ne reflète pas les traditions ancestrales des Ojibwé Mississauga et donc qu’il ne peut être protégé par la Constitution canadienne. La même décision démontre que le chef et son conseil ont choisi des clauses « de la loi des Blancs » qui leur convenaient, tout en rejetant d’autres clauses qu’ils qualifiaient de « non-autochtones ».

Il serait facile de dépeindre ces dirigeants autochtones comme des méchants, comme une autre bande de gestionnaires qui veulent écraser le syndicat et exercer un contrôle absolu. Mais il y a une chose que tous les Canadiens doivent tenir en ligne de compte : 500 ans de colonisation ont laissé d’énormes cicatrices dans les communautés autochtones. Il suffit de constater, par exemples, la pauvreté dévastatrice, le taux de décrochage scolaire vertigineux et les épidémies de suicides.

C’est dans ces conditions difficiles que les dirigeants autochtones tentent d’exercer leur leadership alors que de très graves problèmes sociaux poussent leur communauté vers l’extinction. Une grève des travailleurs de casinos a un plus grand impact que la seule perte de profits parce que les économies locales sont quasi inexistantes. Les casinos autochtones ne génèrent pas des profits, ils créent des revenus qui servent à la survie d’une culture tout entière.

Cette situation ne devrait pas donner aux dirigeants et aux employeurs autochtones, ou tout autre employeur, le droit d’exploiter les travailleurs des Premières nations. Une des façons de construire des économies autochtones, métisses et inuits et de guérir nos communautés est de créer plus d’emplois stables et bien rémunérés. Mais si le but est de syndiquer et de représenter les travailleurs autochtones, le mouvement syndical doit reconnaître qu’il a besoin d’aller au-delà de son rôle traditionnel.

De leur côté, les TCA en sont venus à cette conclusion. Malgré les nombreux obstacles rencontrés sur la route vers la syndicalisation des travailleurs autochtones, ce syndicat est l’allié le plus dynamique des Premières nations du Canada. L’an dernier, les TCA ont donné leur appui à l’Assemblée des premières nations, qui est formée des mêmes chefs qui traitaient le syndicat « d’étranger », et il s’est joint au chef national, Phil Fontaine, dans sa lutte pour éliminer la pauvreté chez les Autochtones.

Cet appui se concrétise bien au-delà d’un communiqué de presse. Les membres des TCA donnent leur temps, leur expertise et leur argent à des projets d’infrastructure des Premières nations partout au pays, qu’ils soient dans des réserves ou à l’extérieur. En juin dernier, lors de la Journée nationale de protestation, le président des TCA, Buzz Hargrove, a manifesté dans les rues d’Ottawa aux côtés du chef national de l’Assemblée des Premières nations, Phil Fontaine. À la suite du dernier budget fédéral, M. Hargrove a utilisé sa grande influence pour attirer l’attention de la population sur le manque d’argent pour les programmes sociaux destinés aux Autochtones.

Pendant que les analystes constatent que M. Hargrove ne laisse jamais passer l’occasion de critiquer le gouvernement conservateur, ses sorties en faveur des Autochtones se font remarquer au sein des Premières nations. Les TCA sont conscients des grands obstacles à la prospérité des Autochtones, ces obstacles ne peuvent pas être éliminés lors de négociations d’une convention collective. Néanmoins, en offrant son appui pour aider à éliminer les obstacles, le syndicat est en train de gagner la confiance des Autochtones.

Mais la tâche de défaire les préjugés envers le mouvement syndical ne revient pas seulement aux syndicats. Les Autochtones doivent faire leur part. Il n’y a rien de « non-autochtone » à propos des syndicats et il nous revient de faire éclater ce mythe. En 1969, le ministre des Affaires indiennes de l’époque, un certain Jean Chrétien, avait présenté son Livre blanc qui visait une assimilation totale et l’élimination des droits des Autochtones. Comment les Autochtones se sont-ils organisés pour faire échec à cette initiative ? Ils ont adopté des méthodes propres aux syndicats.

Ce n’est pas une coïncidence si l’Assemblée des premières nations portait autrefois le nom de la Fraternité nationale des Indiens ou que la plus ancienne organisation autochtone contemporaine au Canada se nommait « Union of Ontario Indians » (union en anglais signifie syndicat en français). Au début du siècle, alors que les Autochtones n’avaient pas la liberté de réunion, les membres des Premières nations de la Colombie-Britannique se rencontraient et s’organisaient par le biais des syndicats de pêcheurs de la Côte ouest, ce qui allait donner naissance à l’Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique. Lorsque les Autochtones sont forcés d’adopter des types de gouvernance de l’homme blanc, ils adoptent les mêmes structures démocratiques que la plupart des syndicats.

Les deux parties en profitent lorsque les Autochtones vont au-delà des préjugés sans fondement et que les syndicats comprennent qu’ils doivent s’adapter aux besoins particuliers des communautés autochtones. Jusqu’à présent, les Autochtones et les syndicats n’en sont qu’au tout début des nombreuses possibilités qui s’offrent à eux. Selon le Conseil des ressources humaines autochtones, l’effectif autochtone augmente 5 fois plus rapidement que dans le reste de la population du pays tandis que le taux de chômage chez les Autochtones est 2,5 fois plus grand que la moyenne nationale. L’âge médian de l’effectif autochtone est de 29 ans alors qu’il est de 38 dans le reste du Canada. Les Autochtones représentent un énorme potentiel de membres et ils ont désespérément besoin d’un emploi.

C’est exactement le rôle des syndicats : aider ceux qui en ont le plus besoin à se procurer des emplois stables et bien payés. Le mouvement syndical a une occasion de réaliser des changements très importants à la société canadienne, des changements qui sont énormes en comparaison à l’acquisition des régimes de retraite, aux soins de santé et au temps supplémentaire payé.

La Guilde canadienne des médias a déjà beaucoup contribué en syndiquant les travailleurs au Réseau de télévision des peuples autochtones (la première organisation autochtone nationale à se syndiquer au Canada), en faisant des pressions pour maintenir le service de CBC/Radio-Canada en langues autochtones dans les communautés éloignées, et en assurant deux places à des membres autochtones à son Comité exécutif national.

Une autre étape a été franchie lors du dernier congrès de la Guilde alors qu’une résolution a été adoptée pour mettre sur pied un programme de stage (et éventuellement un poste permanent) afin de travailler sur les questions d’équité et de diversité. Tous les syndicats devraient ouvrir de tels postes. Il leur faut aller au-delà de la négociation de conventions collectives. Les syndicats doivent trouver de nouvelles façons d’aider les Autochtones et tous les autres groupes défavorisés qui se butent aux mêmes obstacles afin qu’ils profitent des mêmes opportunités et de la même prospérité que tous les autres Canadiens.

C’est pour cette raison que j’ai pris congé de mon travail et de ma famille afin de participer au stage sur l’équité. Notre syndicat peut changer des choses dans notre milieu de travail mais aussi dans la société. J’espère retrouver cette même volonté de relever ce défi chez les membres, les militants, les dirigeants et au sein du personnel.

Je crois que cette volonté existe. Non seulement parce que la Guilde a déjà beaucoup accompli mais aussi à cause des membres et du personnel de la Guilde qui m’ont questionné au sujet de mon drapeau. Ils ont pris le temps de m’écouter et d’apprendre pourquoi ce drapeau est si important pour mon peuple et moi. Je suis bien content d’avoir mis ce petit drapeau métis sur mon bureau.

Greg Taylor est le deuxième stagiaire en équité de la Guilde. Il est aussi correspondant à APTN à Ottawa.

Bookmark and Share
© 2000- GCM