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Sauvons la télévision en dépit d’elle-même
GCM  •   12 janvier 2009

Il est chic de dire que l’époque de la télévision est révolue. Les futurologues font l’éloge funèbre de ce média de masse depuis des années. Mais il est vraiment bizarre lorsqu’une des personnes mandatées d’appliquer la Loi canadienne sur la radiodiffusion fait la même chose, comme l’a fait le président du CRTC, Konrad von Finkenstein, à la suite de la présentation de la Guilde, il y a quelques semaines.

“Vous dites avec éloquence que nous avons besoin de la télévision en direct et qu’elle est indispensable. Mais pour le bien-fondé de la discussion, est-ce qu’on pourrait dire que la télévision est obsolète? De nos jours, tout le monde est branché ou sur le point de le faire. Il existe certainement une autre option comme l’internet, etc. Donc, le besoin de la télévision en direct n’est-il pas grandement réduit pour ne pas dire inexistant?”

Nous sommes demeurés très polis et nous avons fait preuve de retenue lors de notre réponse, lui donnant le bénéfice du doute. Mais on soupçonne qu’il avait déjà cessé de nous écouter parce que notre message est si différent de celui des entreprises qui dominent l’industrie. Ben ! Voyons !

Soyons francs. La télévision est un média qui offre du contenu qui dépendait d’une technologie très efficace, l’émetteur de signaux en direct, pour atteindre un auditoire de masse dans une zone géographique désignée. Grâce à son impact culturel et commercial, la télévision mobilise pendant plus de cinquante ans d’énormes ressources afin de produire de la programmation qui peut être vu, à un moment ou à un autre, par presque tout le monde. La télévision connaît tellement de succès que
les entreprises de distribution par câble et par satellite ramassent un joli paquet à ses dépens.

Au nord du 49e parallèle, on reconnaît depuis longtemps que les forces du marché ne suffisent pas si on veut une garantie de voir au petit écran une programmation canadienne réalisée par des Canadiens et destinée aux Canadiens. Alors, il est aussi troublant d’entendre la réaction de M. von Fickenstein à la suite de la présentation de nos amis de la Conférence canadienne des arts. La CCA a eu l’audace de suggérer que le rôle du CRTC était de sauvegarder la teneur en contenu canadien dans le contexte des luttes pour déterminer qui “fera les poches” des téléspectateurs afin de faire de gros profits.

“ Plutôt que de règlementer à nouveau les tarifs du service de câble et de mandater la production comme vous le suggérez, nous tentons depuis les 10 dernières années de faire exactement le contraire”, a répondu M. von Finkenstein à Alain Pineau du CCA. “Nous essayons de réguler le marché compétitif afin qu’il produise de la programmation canadienne en éliminant le plus possible la réglementation pour permettre au système de générer le plus de ressources possibles.”

Cette déclaration est pittoresque à la sauce 1995. Mais elle n’est pas vraiment exacte. L’industrie de la télédiffusion est très règlementée principalement pour protéger les entreprises qui en font partie. Ironiquement, ce qui n’est pas très bien encadré ce sont les profits faramineux qui sont générés par les différents joueurs de l’industrie. Grâce à la diffusion d’émissions hollywoodiennes, ils engrangent des sommes fabuleuses, tout en investissant le moins possible dans la programmation canadienne et locale. Pendant ce temps, 90% des téléspectateurs canadiens déboursent de plus en plus chaque mois pour le privilège de regarder du contenu qu’ils peuvent en général trouver ailleurs, que ce soit sur l’Internet, illégalement ou pas, sur DVD ou par le biais d’un signal direct et gratis (!) transmis d’un émetteur américain situé de l’autre côté de la frontière.

M. von Fickenstein est peut-être heureux du statu quo. Si c’est le cas, il devrait certainement continuer d’imposer une règlementation sélective et d’aider les diffuseurs, qui aiment se faire appeler “des programmeurs”, dans le développement de leur modèle d’entreprise qui n’a jamais refléter nos objectifs culturels nationaux. Ainsi les entreprises de service de câble et de satellite garderont leur quasi monopole.

Quant à la Guilde, nous aimerions voir quelque chose de différent. Nous avons présenté notre position à trois reprises au CRTC au cours de la dernière année. Cliquez ici pour des renseignements sur nos activités. Nous verrons si le CRTC portait attention lorsqu’il rendra au début de 2010 sa décision finale sur le déroulement de la transition vers le numérique et sur les conditions de licence des principaux diffuseurs.

Nous avons exprimé au Conseil notre croyance en l’existence d’un intérêt et d’une justification pour une renaissance de la télévision canadienne. Cette renaissance reposerait sur des fondations locales et elle utiliserait efficacement la transmission numérique pour fournir un signal de télévision direct gratuitement. Il s’agirait d’offrir une programmation originale, en direct et sur rendez-vous à un auditoire de masse, comme seule la télévision sait le faire. De toute évidence, cette renaissance compterait grandement sur des diffuseurs publics bien implantés et en santé financière et qui savent produire des émissions de grand intérêt à un vaste public.

La télé locale fournit de bons emplois et elle sert de point d’entrée dans le domaine de la télévision, et autres productions culturelles, particulièrement pour les gens qui sont sous-représentés dans l’industrie, comme les gens des différents groupes culturels, les Autochtones et les personnes handicapées. La télé locale peut être un laboratoire de création d’où émergent des idées intéressantes, où naissent des formats et du contenu qui deviendront populaires à l’extérieur de la zone de diffusion originelle.

Mais vous vous demandez qui regarderait bien cette télé?

L’été dernier, la Guilde a commandé un sondage effectué à Kamloops, en Colombie-Britannique. Les résultats de cette enquête révèlent que 33% des abonnés au service de câble choisiraient 6 stations qui offrent un signal en direct gratuitement, au lieu de payer pour un service par câble. De plus, le sondage stipule que 42% des répondants de moins de 35 ans choisiraient la télévision gratuite. Présentement à Kamloops, on ne peut que syntoniser trois stations de télévision qui offrent un signal en direct : la station locale indépendante qui est maintenant affiliée à Rogers/Citytv, Global BC et Radio-Canada. Cependant, un de ces diffuseurs pourrait convertir son émetteur au numérique pour la somme d’environ 100 000$, avec un seul émetteur et une fréquence, et émettre jusqu’à six stations de télévision numérique. La nouvelle technologie numérique le permet. C’est ce qu’on appelle le multiplexage.

Le diffuseur local CJFC, propriété de Pattison, pourrait convertir son émetteur au numérique et louer de l’espace aux autres diffuseurs, incluant les diffuseurs publics CBC et le Knowledge Network. Les signaux en direct de ces deux diffuseurs ne sont pas disponibles présentement à Kamloops. Et si jamais la station de Pattison ne se montre pas intéressée, peut-être qu’une station communautaire indépendante se pointerait pour offrir une nouvelle programmation locale et un signal en direct aux téléspectateurs de Kamloops. Sinon, cette communauté pourrait perdre ses signaux en direct à la suite de la conversion au numérique en 2011. L’Association des stations de télévision communautaires, CACTUS, examine ce scénario pour plusieurs communautés canadiennes. Il s’agit certainement d’un modèle qui pourrait être implanté à peu près n’importe où.

Pendant ce temps, dans la plupart des régions du pays, il est encore possible de capter gratuitement le signal en direct d’une station à l’aide d’une antenne en oreilles de lapin. Quelques 2 000 personnes ont écrit cet automne au CRTC pour demander le maintien des signaux de télévision en direct dans les plus petites communautés du Canada à la suite de la conversion au signal numérique. En ce moment, le CRTC exige d’offrir le signal de télévision en direct numérique dans seulement 29 villes du pays après 2011; les villes avec une population de 300 000 personnes ainsi que les capitales provinciales et des territoires. Cette situation laissera 11 millions de Canadiens sans la possibilité de regarder gratuitement la télévision locale. De plus, 600 000 autres ménages, dans les plus petites communautés, qui ne sont pas des abonnés au service de câble ou du satellite, n’auront rien du tout comme service.

Peut-être en avez-vous assez de payer votre facture mensuelle pour le service de câble ou de satellite ou peut-être que votre service de satellite n’offre pas votre station de télévision locale ou peut-être que votre télévision ramasse de la poussière dans un coin de la maison. Installez donc la bonne vieille antenne en V pendant qu’il en est encore temps. Vous pourriez être surpris par ce que vous découvrirez…et vous serez d’accord pour dire que plus de programmation originale, en direct et locale offerte gratuitement ferait de vous un fidèle téléspectateur. Et si jamais vous n’habitez pas dans les 29 villes mentionnées ci-dessus, contactez votre député fédéral et faites-lui savoir qu’il est inacceptable dans ce pays d’avoir une politique d’accès à la télévision pour les grands centres et une tout autre pour les petites localités et les régions rurales.

Karen Wirsig est la coordonnatrice des communications de la Guilde.

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