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Sommes-nous prêts pour l’ère des monopoles médiatiques ?
GCM  •   23 juillet 2015

Par Jesse Hirsh

Associé de longue date à l’industrie des communications, le terme de monopole est peut-être moins fortement associé à l’industrie des médias. Mais les choses sont en train de changer, depuis que le concept de convergence conduit les monopoles traditionnels des télécommunications et de la câblodistribution à mettre la main sur les médias (anciens ou nouveaux) tout en fournissant la connexion avec les réseaux numériques qui, tout le monde en conviendra, représentent l’avenir.

Le terme de monopole renvoie au pouvoir de l’industrie des communications ainsi qu’à la nécessité d’une réglementation garantissant la protection de l’intérêt public.

Or, les monopoles traditionnels ne sont pas les seuls à échapper largement au cadre réglementaire et à faire fi de leurs responsabilités : les monopoles des nouveaux médias sociaux sont déjà si développés et mouvants qu’ils semblent entièrement affranchis de toute réglementation (ou même de toute concurrence).

 Comment fonctionnent les nouveaux monopoles ?

Microsoft, un ancien monopole tout puissant dont la position sur le marché et les revenus sont toujours considérables, est le parfait exemple de ce qui se passe aujourd’hui. À l’instar d’IBM, le monopole auquel il a succédé, le défi majeur de Microsoft a été de s’adapter aux nouvelles plateformes et à une ère nouvelle en matière d’informatique (et donc à une ère de nouveaux monopoles).

Son concurrent de l’époque, Apple, est l’une des entreprises les plus puissantes au monde, le monopole de l’entreprise s’exerçant en termes de distribution plutôt qu’en termes de produits. Le magasin iTunes Store n’est pas seulement le premier magasin de musique du monde; mais il offre aussi des titres exclusifs et des applications qui ne sont accessibles que via le système d’exploitation d’Apple (iOS).

On pourrait dire qu’Apple est un monopole non offensif, qui n’a aucune intention de capter la totalité du marché, mais qui exerce un contrôle quasi absolu sur les marchés convoités de son choix.

Quant à Google, c’est l’un de ces monopoles que l’on tient déjà pour acquis. D’ailleurs, on en a fait un verbe en anglais pour désigner les recherches en ligne. Détenant pratiquement le monopole de la publicité en ligne et de la publicité mobile, il renforce sa prédominance dans les vidéos en ligne (YouTube) et les systèmes d’exploitation mobiles (Android). Sans l’existence de Facebook, Google détiendrait peut-être aussi le quasi monopole de l’authentification des utilisateurs et du traitement des messages. (Il convient d’ajouter qu’à eux deux, ils constituent un oligopole absolu.)

À bien des égards, Facebook s’est taillé un monopole dans le domaine d’importance croissante qu’est l’infrastructure d’identité. Tout le monde n’a peut-être pas un compte Facebook, mais il y a bien des cas où le seul moyen de prouver son identité est d’entrer ses identifiants de connexion Facebook.

Les données que Facebook recueille et organise pour chaque utilisateur constituent un point d’accès privilégié pour tout fournisseur d’applications Web ou mobiles préférant laisser à Facebook le soin de l’authentification utilisateur et de la personnalisation. À cela s’ajoute la politique offensive d’acquisition de nouveaux services mobiles stratégiques par Facebook et son potentiel considérable de contrôle de l’infrastructure d’identité de la Toile.

Acquisition et regroupement demeurent les deux piliers du modèle d’entreprise du secteur de la technologie de pointe, qui fait fi des recettes et de la viabilité au profit des usagers et de la croissance. Sa stratégie de sortie : le rachat par Google, Facebook, Microsoft ou autre monopole désireux de renforcer sa position.

Les impacts de cette tendance sont significatifs

C’est sur la vie des travailleurs que les répercussions de ce modèle d’innovation sont parmi les plus profondes.

D’un côté, les jeunes entreprises exigent souvent de longues heures de travail dans des conditions difficiles, car l’effort de croissance se fait généralement sur le dos des premiers employés (ceux-ci font ce sacrifice dans l’espoir de s’enrichir lorsque l’entreprise connaîtra le succès, si tant est qu’elle le connaisse un jour). D’un autre côté, les gros monopoles de la technologie de pointe sont dans le collimateur du Département américain de la justice pour la manipulation systémique de salaires, une pratique qui ne date pas d’hier.

En Amérique du Nord, peu d’emplois (de qualité) sont créés dans l’industrie des médias et bien que l’on puisse invoquer une foule de raisons pour expliquer cet état de fait, il est certain que la pression exercée par la concurrence entre les jeunes entreprises de médias sociaux pour le monopole y est pour quelque chose.

Twitter offre un exemple intéressant de la relation pour le moins étrange, sinon ambivalente, qui unit les médias traditionnels et les médias sociaux. Si l’on travaille pour une entreprise médiatique et qu’il y a une nouvelle importante, où la publiera-t-on en premier ? Sur sa propre plateforme ou sur Twitter ?

Et si Twitter était en passe de devenir le monopole de la distribution ? Et si la seule façon de publier et d’attirer l’attention en temps réel était via Twitter ? Se tourne-t-on vers la radio à cause de Twitter ? Et si on se tourne vers Twitter à cause de la radio, pourquoi toute l’industrie des médias s’obstine-t-elle à publier sur Twitter et à le promouvoir ?

Il se peut que monopole soit un terme tabou, à proscrire du débat public et des conversations polies.

Mais revenons aux monopoles traditionnels que sont les entreprises de téléphonie et de câblodistribution qui, à présent, détiennent la plupart des entreprises de médias et qui nous fournissent accès Internet et accès mobile. Si certaines de leurs opérations sont soumises à un certain contrôle, elles opèrent principalement en dehors de tout cadre réglementaire et leur sphère d’influence ne cesse de croître.

En se projetant au-delà de nos frontières et du contexte actuel, on s’aperçoit que leur défi principal viendra des nouveaux monopoles de médias sociaux.

C’est ainsi que Google aussi bien que Facebook ont annoncé leur intention de commencer à fournir un accès Internet. Google a d’ailleurs mis ce projet à exécution dans quelques villes des États-Unis via Fiber. Néanmoins, le véritable potentiel de « perturbation » est l’accès depuis le ciel. Google envisage de se doter de dirigeables, et Facebook de drones.

Dans la couverture de ces développements, l’accent a été mis sur la connectivité dans les pays en voie de développement. Or, le véritable enjeu est d’offrir de la connectivité en Amérique du Nord, où les entreprises de médias peuvent entrer en concurrence directe avec les entreprises de téléphonie et de câblodistribution qui tirent des profits gigantesques de notre besoin de connexion et de distractions.

Ce n’est donc que le début de l’ère des monopoles médiatiques.

Jesse Hirsh est un stratège Internet, chercheur et communicateur installé à Toronto au Canada. Il tient une chronique hebdomadaire souscrite à la radio de CBC où il explique et analyse les tendances et développements dans le monde technologique en s’appuyant sur des exemples qui s’appliquent à la vie de tous les jours.

http://jessehirsh.ca/

 

 

 

 

 

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